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Poème express

Publié le 28 janvier 2020 Mis à jour le 28 janvier 2020
Date
Du 02 mars 2020 au 27 mars 2020
Lieu(x)

INSPÉ Clermont-Auvergne

Chamalières

Entrée libre

C'est en 1989 que Lucien Suel compose son premier poème express en caviardant une page arrachée à un roman de gare. L'exposition présente une soixantaine de ces poèmes visuels qui créent du sens par effacement. Sélection de 60 poèmes express de Lucien Suel parmi les 777 réalisés entre 1989 et 2019.

Généalogie du poème express

 

Brion Gysin et William Burroughs inventèrent le procédé du cut-up en 1959, à Paris, au Beat Hotel, rue Gît-Le-Cœur. Le cut-up est une technique littéraire où un texte original se trouve découpé en fragments aléatoires puis ceux-ci sont réarrangés pour produire un texte nouveau.

 

Dans les années 70 et 80 du XXème siècle, j’expérimentai cette méthode d’écriture avec tout ce qui me tombait sous la main, prospectus, tracts, catalogues, romans, ouvrages scolaires. En même temps qu’une façon de contrer –modestement- le discours dominant de l’état et des superstructures, en coupant les lignes d’association, c’était le moyen de produire une poésie mécanique dans laquelle les images ne se créaient pas dans le cerveau -à l’imitation de l’écriture automatique des Surréalistes- mais directement sur le papier par un procédé technique, coup de ciseaux et collage, désorganisant-réorganisant les mots et les pages.

 

Le cut-up, bien que réalisant une sorte de recyclage écologique, produisait à son tour, par le biais des coupes aléatoires, des déchets sous la forme de fragments de mots, copeaux de signifiants sans signification. Pour des raisons esthétiques et pour satisfaire mon cartésianisme sous-jacent, je résolus de faire disparaître ces lettres inutiles en les caviardant à l’encre noire.

 

Lorsque je décidai de supprimer l’usage des ciseaux en le remplaçant par ce que j’appelai –un peu pompeusement- le « cut-up mental », lequel consistait en une sélection, mi-aléatoire, mi-raisonnée, des mots ou groupes de mots à laisser sur la page, le « poème express » naquit par masquage du superflu.

 

En 1989, je codifiai la chose en lui donnant un nom et un format, en choisissant la matière première dans des romans de gare –policiers ou sentimentaux-, en les signant et en les numérotant.

 

Le poème express, dérivé des expérimentations de William Burroughs, est aussi, dans mon esprit, cousin des productions dadaïstes – les mots dans un chapeau de Tristan Tzara et les poèmes simultanés d’Hugo Ball- et du ready-made de Marcel Duchamp.

 

Il permet en outre de soigner efficacement le fameux « vertige de la page blanche ».

Lucien Suel

lucien suel